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Poème de l'amour - n°175

Dans ce recueil, la poétesse est désabusée, déçue par la sentence d'une vie éphémère, de facto insignifiante tant elle ne pèse rien dans le temps et dans l'univers. La constance du sort des Hommes face à un Destin, personnifié et impassible, qui ne saurait tendre l'oreille pour écouter les plaintes. Intransigeant, inflexible, il choisit la malchance, vise les malheureux, octroie une joie instable, aussitôt reprise par la saisie d'un bonheur. Le Destin mène tout droit vers la Mort, que nous ne voyons pas apparaître ici, mais dont la présence se fait sentir dans des vers aux allures de dernier souffle. Le Destin frôle de près la Fatalité, qui guident, main dans la main, vers le foyer de cet hôte effroyable. L'Amour attriste, mais le voici représenté comme seul visage amical, bienveillant ou honnête. Seul ami parmi les divinités et dans le monde métaphysique, la comtesse est séduite par sa constance. Son oeuvre n'est pas uniquement destinée à un être ciblé, mais appartient à une humanité apeurée. L'ivresse remplace le chagrin, les sentiments apaisent la brutalité du Destin. L'Amour guide, à l'image du Destin, mais il donne à la vie, un sentiment de spontanéité malgré une fatalité inévitable. L'Amour nous redonne possession de notre vie et retarde l'horrible échéance que le Destin nous rappelle sur le seuil de notre porte.



Rien; l'univers n'est rien. Nulle énigme pour l'homme

Dont l'esprit et les sens ont perçu le néant.

- La turbulente vie hasardeuse, le somme

A jamais, dans le sol maussade et dévorant !


Rien ! Partout l'éphémère et partout le risible,

Partout l'insulte au coeur, partout la surdité

Du Destin, qui choisit pour délicate cible

La noblesse de l'homme et sa sécurité.


- Et parmi cette affreuse et poignardante injure,

Seulement toi, visage au masque de velours,

Divinité maligne, enivrante, âpre et pure,

Consolateur cruel, doux et terrible Amour !


- Comtesse de Noailles, Poème de l'amour, 1820-1823


 

Il ne faut pas confondre Anne-Claude-Louise d'Arpajon, comtesse de Noailles et Anna-Elisabeth de Noailles, poétesse et auteur de ce poème, épouse du descendant de cette illustre famille française. Pour bien les différencier, un petit résumé de chacune de leur vie.


Anna-Elisabeth est issue d'une famille de la noblesse roumaine, dont le père est expatrié. Née le 15 novembre 1876 du prince roumain Grégoire Bassaraba de Brancovan et de la princesse Rachel Musurus d'origine grecque, elle est éduquée à domicile et recevra une éducation principalement portée sur l'art, avec une attention pur la musique et la poésie. À dix ans, lorsqu'elle perd son père, elle se console auprès des vers de Victor Hugo, ayant lui aussi, un être cher : sa fille Léopoldine. Elle découvre dans la poésie, un langage des sentiments et une porte pour l'expression de son chagrin. Elle épouse en 1897, le comte de Noailles et entre ainsi dans l'une des plus éminentes familles de l'ancienne noblesse française. En 1901, elle publie son premier recueil, Le Coeur Innombrable qui connaîtra un succès retentissant. Sa vision fraîche de la nature et on attrait pour la beauté tranquille, contraste avec sa vie urbaine. Elle côtoiera et se liera d'amitié, malgré sa faible santé, avec Jean Cocteau et Colette. Elle publiera de nombreux recueils notamment La Nouvelle Espérance (1903), Le visage emerveillé (1904), La Domination (1905), Les Éblouissements (1907) Les Vivants et les Morts (1913), . En 1930, elle publie Le Livre de ma vie, qu'elle ne parviendra pas à compléter de son second volume. Elle décède le 30 avril 1933 à Paris.



Anne-Claude-Louise d'Arpajon, devenue comtesse de Noailles par mariage en 1741, sera guillotinée le 27 juin 1794 à Paris, à la barrière du Trône. Femme de la haute noblesse française, elle était la première dame d'honneur des reines de France Marie Leszczynska et Marie-Antoinette d'Autriche. C'est à la comtesse de Noailles que Marie-Antoinette doit son acculturation aux us et coutumes de la Cour. Le sobriquet Madame l'étiquette que lui attribuera la jeune dauphine de 14 ans, témoigne de la rigueur de la comtesse en termes de protocole. Elle ne parviendra pas à éduquer la dauphine sur ses fonctions représentatives et protectrices. Écartée par la nouvelle reine de France en 1774, la comtesse rejoint le parti d'opposition noble à la reine avec Mesdames, les filles de Louis XV, restées à la Cour sans alliance.





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