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Mythe de Sisyphe et la fin d'un rapport existentialiste au travail


Et si Sisyphe regardait vers le ciel et s'épanouissait dans sa malédiction ?


La société change. Des Boomers à la GenZ, le rapport au travail évolue et de nouvelles tendances liées à la spiritualité, l'astrologie émergent. Le "droit à la déconnexion" vise à défendre les temps libres et complète la récente montée en puissance du télétravail comme argument d'attractivité des entreprises pour les nouvelles recrues. Autant d'éléments qui poussent à réfléchir sur la modification de la production et de l'économie par la psychologie et la sociologie.


mythe de sisyphe

 

La théorie existentialiste

La théorie philosophique qui théorise l'épanouissement de l'homme par le travail et sa création est souvent associée à la philosophie existentialiste et à la notion d'existence précédant l'essence. Selon cette perspective, popularisée par des penseurs tels que Jean-Paul Sartre et Albert Camus, l'individu trouve un sens à sa vie et atteint son plein épanouissement à travers son engagement dans le travail ainsi que sa capacité à créer et donner un sens à son existence par ses actions.

Pour Sartre, par exemple, l'existence précède l'essence, ce qui signifie que l'homme est d'abord jeté dans le monde sans but prédéterminé. C'est à travers ses choix et ses actions, notamment son travail et ses créations, qu'il donne un sens à sa propre existence. Le travail devient alors un moyen pour l'homme de se réaliser et de créer sa propre identité.


Dans un contexte similaire, d'autres philosophes comme Friedrich Nietzsche ont également souligné l'importance du travail et de la création comme moyen pour l'homme de s'affirmer et de transcender sa condition. Pour Nietzsche, le travail est une expression de la volonté de puissance de l'individu et un moyen de surmonter les défis de l'existence.


Le déclin de l'homo faber traditionnel, l'homme qui fabrique et produit des biens matériels, a ouvert la voie à une époque de transition vers un nouvel état d'être : le retour de l'homme de foi. Dans cette ère de changement, l'homme de foi émerge comme un être profondément spirituel dont les valeurs et les aspirations transcendent le matérialisme et la productivité, et dont l’essence prévaut indubitablement sur l’existence. Bien évidemment, quelques ajustements restent à réaliser pour certains, notamment lorsqu'on constate l'importance de l'image. Néanmoins, il n'a jamais de feu sans fumée, et toute évolution sociologique avance et évolue dans l'ombre.


 

Le mythe de Sisyphe ou l'allégorie d'une société absurde

Camus utilise l'allégorie de Sisyphe, condamné par les dieux à pousser un rocher en haut d'une montagne, pour illustrer la condition humaine. Sisyphe doit sans cesse répéter cette tâche sans espoir de succès durable, ce qui symbolise la nature absurde de la vie.

Cependant, Camus suggère que Sisyphe peut trouver le bonheur et le sens dans son travail, malgré son apparente futilité. Il écrit que « l'effort lui-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme ». En d'autres termes, c'est l'engagement actif dans le travail, malgré ses défis et ses limitations, qui peut apporter une satisfaction et un sens à la vie.

Ainsi, selon Camus, la quête de sens dans la vie peut être trouvée dans l'engagement passionné dans le travail, même si ce travail semble être condamné à l'échec ou à l'absurdité. Cette perspective met en lumière l'importance de l'action et de l'engagement dans la construction d'une vie significative, même dans un monde parfois dépourvu de sens apparent.


 

Quand Sisyphe ne scrute plus le sommet…

Ainsi, la théorie bouddhiste de la béatitude - reposant sur la reconnaissance de la souffrance (dukkha) comme une caractéristique fondamentale de l'existence humaine et proposant également un chemin vers la libération de cette souffrance - ne suffirait pas à l'Homme pour réaliser un travail de qualité, nécessaire au bon fonctionnement de l'économie. Selon le Bouddha, la souffrance découle de l'attachement aux désirs et aux attachements éphémères de ce monde, et la libération de la souffrance peut être atteinte par la cessation de cet attachement et la réalisation de la vacuité (sunyata) et de l'impermanence (anicca) de toutes choses.

Ainsi, tandis que le Mythe de Sisyphe souligne la lutte existentielle de l'homme face à un monde absurde, la théorie bouddhiste offre une voie vers la paix intérieure et la libération de la souffrance à travers la compréhension profonde de la nature de la réalité et la pratique de la méditation et de la pleine conscience. Le bouddhisme semble effectivement revenir à la mode !


Le détachement de la matière et la fin de la propriété privée, parfois portée par les politiques eux-mêmes, apportent de nombreuses critiques légitimes, mais impose un nouveau débat sur l'importance de la matière dans l'épanouissement personnel. Et avec la crise économique - si on peut toujours appeler cela une crise vu qu'elle deviendrait presque une institution - nous sommes bien forcés de relativiser quant aux pertes matérielles et l'appauvrissement général des ménages du monde entier.


Une société qui ne fait plus mais qui croit au pouvoir de la pensée comme ayant une influence sur la matière (oui oui, la CIA l'a même théorisé) n'a alors que peu de crédibilité a apporter au travail qu'elle réalise pour répondre à ses besoins les plus primaires et faire corps avec un contrat social reposant sur la paix sociale. Il faut également noter que cette paix est fortement influencée par la prospérité économique.



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Quel sort accordé à l’existence dans un monde régi par l’essence ?

L’Homme détaché des enjeux de l’existence et des problématiques concrètes, à savoir l’économie, la production, les enjeux sociaux etc, imposent la révision du contrat social, tel que formulé Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau.

Théorie du contrat social

Pour Hobbes, par exemple, le contrat social est un moyen de sortir de l'état de nature chaotique et de garantir la sécurité et la stabilité par le biais d'un souverain absolu. Pour Locke, le contrat social est davantage axé sur la protection des droits naturels des individus, notamment la vie, la liberté et la propriété, et il insiste sur le consentement des gouvernés. Rousseau, quant à lui, met l'accent sur la volonté générale de la communauté et la nécessité de créer une société où les citoyens participent activement à la prise de décision politique

L’Homme qui ne produit plus et devient assujetti aux fluctuations économiques et aux politiques publiques ne nourrit plus le souverain. Une société prônant l’autonomie et le retour à l’individualisme ou au micro-société autonomes, ne peut décemment plus être rattachée à un contrat social inspiré des théories réalistes de Machiavel ou de la Real Politik.



Mythe de Sisyphe
Le prince de Machiavel

Les théories économiques et politiques sont intimement liées à la psychologie et la sociologie. Nous l'avions abordé la semaine dernière avec les influences de la mythologie de la Perse antique sur l'Iran actuel, notamment le dualisme du zoroastrisme qui influençait largement la société iranienne.

La société latine et ses courants de pensée a été largement inspirée des mythes de l'Olympe attachés aux malédictions comme livreurs de bonnes leçons. Il n'y a qu'à voir les œuvres de nos dramaturges ou encore les fables de la Fontaine... Si la mondialisation donne accès à de nouveaux schémas de pensée, plus en phase avec les situations économiques et politiques, il ne serait pas impossible que les mythes de l'Olympe troquent leur place pour des mythes d'avantage portés sur l'importance de l'essence au détriment de l'existence. Ce changement de dogme se calquerait alors davantage à une situation économique et matérielle plutôt qu'à un rattachement philosophique ou spirituel. La base de l'essentialisme est donc liée à la fin de l'existentialisme.


Après tout, ne serait-ce pas Monsieur Klaus Schwab, ancien président et fondateur du Forum Economique mondial de Davos (WEF) qui tonnait en 2021, "vous ne posséderez rien et vous serez heureux" ?

Cette citation reste à considérer avec un regard très critique et ne fait absolument pas l'unanimité quand on voit l'encre qu'elle avait fait couler... Et c'est normal.






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