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Une exploration des profondeurs émotionnelles - le fondement des relations franco-russes

Dernière mise à jour : 30 mai

La littérature et la culture sont souvent les miroirs des sentiments collectifs d'une époque ou d'une région. Deux concepts emblématiques qui illustrent cette idée sont l'âme russe, profondément ancrée dans les cultures d'Europe de l'Est, et le spleen baudelairien, issu de la poésie française du XIXe siècle. Malgré leurs différences géographiques et culturelles, ces deux notions partagent une intensité émotionnelle et une profondeur introspective qui lient historiquement la poésie française à un courant littéraire et artistique russe.


Les grands amis Diderot et la Grande Catherine de Russie auraient été fiers de voir une telle relation se perpétrer un siècle après leur propre idylle.


L'Âme Russe : Mélancolie et Profondeur Spirituelle


L'âme russe est un concept souvent évoqué pour décrire une certaine tristesse, une mélancolie douce-amère et une profondeur spirituelle présente dans les cultures russes, polonaises, ukrainiennes, et autres nations slaves.


Les œuvres de grands auteurs russes comme Dostoïevski, Tolstoï et Gogol, ainsi que la musique de compositeurs comme Tchaïkovski et Rachmaninov, illustrent cette âme complexe. La littérature et la musique russes sont souvent marquées par des thèmes de souffrance, de fatalisme, et de quête de sens.

Cette relation est d'autant plus marquée par la variété russe et française, teintées de fatalisme et de mélancolie encore aujourd'hui (qui n'a jamais écouté les textes introspectifs de Pomme par exemple)


Crime et châtiment de Dostoïevski est surement l'ouvrage le plus démonstratif de cet état d'esprit, ancré dans la culture et la psyché russe. L'anti héro, voleur aux attributs de l'honnête jeune homme désemparé, devient l'être torturé par son crime, au point de faire ressentir au lecteur le poids de la culpabilité.


Pour en attester par vous même et recevoir quelques bribes de cette âme, quelques extraits de Crime et Châtiment

Vivre de n'importe quelle façon, mais vivre !... Grande vérité ! Seigneur, quelle grande vérité ! L'homme est un misérable !... Et misérable est celui qui, pour cela, le traite de misérable.
La souffrance et la douleur sont toujours indispensables pour une conscience large et pour un cœur profond. Les hommes qui sont vraiment grands, me semblent-il, ils doivent ressentir dans le monde une grande tristesse
Ils ont pleuré un peu mais ils ont fini par s'y habituer. L'homme s'habitue à tout, le lâche.

 

Oscar Wilde avait su présenter ce ressenti d'une manière plus extériorisée avec son ouvrage le Portrait de Dorian Grey, où une peinture devenait le réceptacle de toute culpabilité.

Extrait du Portrait de Dorian Grey

-Comment jugez- vous l'Art ?

-c'est une maladie

-l'Amour ?

-Une illusion

-la Religion ?

-le succédané mondain de la croyance

-Vous êtes un sceptique

-Non pas. le Scepticisme est le commencement de la foi

- Qu’êtes vous donc ?

-Définir, c'est limiter

-Donnez moi un fil conducteur

-Les fils se brisent. Vous resteriez égarée dans le labyrinthe.


Il y a une volupté à se faire des reproches à soi-même. Quand nous nous condamnons, nous sentons que personne n'a plus le droit de nous condamner. C'est la confession et non le prêtre qui nous donne l'absolution

En effet, Crime et Châtiment et l'ensemble des œuvres rattachées au courant, s'il en est réellement un, de l'âme russe, prend des allures de confessions. Le personnage n'en a pas conscience, mais l’œuvre en elle-même devient le purgatoire de l'Humanité, porté par la plume de l'écrivain.

 

Là où l’œuvre de l'auteur russe devient intéressante et comparable aux ouvrages d'Albert Camus, vient de la création d'un huis clos entre les actes du protagonistes et de ses petites voies, le poussant vers les pulsions ou la culpabilité. Un parallèle intéressant entre L'étranger et Crime et châtiment peut aisément être réalisé sans pour autant en ôter leurs caractère incomparablement unique.


La montée vers l'échafaud, l'ascension en plein ciel, l'imagination pouvait s'y raccrocher. Tandis que, là encore, la mécanique écrasait tout : on était tué discrètement, avec un peu de honte et beaucoup de précision.

A la seule différence, bien sûr, qu'ici, aucune culpabilité ne semble être ressentie, quand l'âme russe entre au plus profond de nos exactions, Camus nous présente un héros dont la repentance ne se fera jamais sentir. En ce sens, le spleen baudelérien et les anti-héros des romans russes permettent aux auteurs ou aux protagonistes de confesser et convertir leurs actes en leçons de morale. Camus, en ce sens, est un bien plus grand sceptique dans les valeurs humaines. Une tendance française relevée par ailleurs par Dostoïevski dans son roman L'Idiot


La comparaison avec le Spleen baudelérien est quant à lui intéressant pour une tout autre raison, puisque l'âme russe en tant qu'attribut donné à un ensemble d'auteurs et une portion du peuple russe est comparable à un mouvement poétique ayant marqué les milieux littéraires français et européens du XIXe siècle.


Le Spleen Baudelairien : Ennui et Malaise Existentiel


Charles Baudelaire, poète emblématique du mouvement symboliste, a popularisé le concept de "spleen" dans son recueil Les Fleurs du mal. Le spleen représente un état de dépression, d'ennui profond, et de malaise existentiel.


Le spleen baudelairien se caractérise par une dualité entre l'aspiration à l'idéal et la confrontation à la réalité sordide. Ce malaise est souvent exacerbé par une hypersensibilité à la laideur et à la souffrance du monde moderne. (Pour illustrer cette "hypersensibilité", il est intéressant de noter que la France est aussi le pays où la proportion de grèves excède les records de tous les autres, un lien entre notre mode de gouvernance et modèle politique serait à explorer).


L'état contemplatif du spleen baudelérien est comparable avec l'état de béatitude théorisé par Spinoza comme étant un état de joie intellectuelle face à l’œuvre de Dieu. Un état de plénitude permettant d'accepter le monde dans son entièreté en appréciant la beauté ou l'existence du vice comme partie intégrante de l'existence du beau et du pur.

Le spleen est comparable puisqu'il s'agit de la même logique, mais dans son exact opposé. Une vision brouillée où la simple existence du plus beau des oiseaux mettrait en valeur le plomb que son observateur aurait dans les chaussures.


Le fameux pessimisme à la française...


Lecteur paisible et bucolique,

Sobre et naïf homme de bien,

Jette ce livre saturnien,

Orgiaque et mélancolique.


Si tu n’as fait ta rhétorique

Chez Satan, le rusé doyen,

Jette ! tu n’y comprendrais rien,

Ou tu me croirais hystérique.


Mais si, sans se laisser charmer,

Ton œil sait plonger dans les gouffres,

Lis-moi, pour apprendre à m’aimer ;


Âme curieuse qui souffres

Et vas cherchant ton paradis,

Plains-moi !… Sinon, je te maudis !


Épigraphe pour un livre condamné - 1857



Parallèles entre l'Âme Russe et le Spleen Baudelairien et vestiges de relations franco-russes

L'âme russe valorise la profondeur émotionnelle et la sensibilité de la tragédie humaine. La mélancolie est perçue comme une condition inhérente de l'existence, là ou le spleen baudelérien s'arrête à un dépit face à l'existence de la laideur et la banalité du monde.


La fuite de cette réalité sordide se trouve dans la repentance douloureuse, qu'elle soit au travers de l'art ou de la souffrance charnelle. Dans les deux courants, cette fuite n'est que de courte durée car le retour à l'ennui et à la misère du bas monde rattrape toute âme ayant échappé à son joug. Nous pouvons transposer cette fuite à toutes les tendances actuelles, qu'elles soient politiques ou artistiques. Cette volonté de repentance et la quémande du pardon, subtil ou grossier, rapprochent encore deux nations que tout

- politiquement et moralement à en croire les journalistes - semble opposer.


L'art devient la béquille de l'Homme, pour extérioriser ou s'attribuer quelque mérite sur sa transcendance face aux lâches et aux banals congénères. Vous vous doutez bien qu'il s'agit d'une contradiction avec la quête de sens et de beau, car d'aucune manière, la fierté et l'ego ne peuvent lutter contre la laideur du monde. Hors, toute fuite - pour un être fermement rattaché à ces deux courants de pensée - passe par la volonté de transcendance en toisant son prochain.


Pour ne pas se rattacher à ces bas instincts, la littérature et la musique deviennent les seuls exutoires pour sublimer les émotions profondes faisant de l'art, un reflet de l'âme collective et individuelle.

Au delà même de cette évasion, une catharsis temporaire pour celui qui teint le papier ou brise le silence d'une note mélancolique.


 

L'âme russe et le spleen baudelairien, bien que nés dans des contextes culturels et historiques différents, partagent une exploration profonde des émotions humaines et des aspects les plus sombres de l'existence. Ces deux concepts offrent un regard introspectif sur la condition humaine, mettant en lumière la beauté tragique de la mélancolie et du désespoir. En définitif, personne n'est exempté de ces tragédies individuelles, mais les actions pour s'en échapper relèvent de chacun.


Ces deux courants ont largement façonné le décor artistique et culturel russe et français, de quoi se questionner sérieusement sur les restes d'une relation franco-russe ancrée dans l'inconscient artistique et collectif et exploiter cette mélancolie commune pour redorer les relations franco-russes dans un contexte diplomatique largement fragilisé.



De quoi expliquer Nouveau Spleen, une énième tentative d'exutoire à cette mélancolie qui nous tient -presque - tous et entamer une catharsis...

Poésie et mélancolie illustrant les relations franco russes
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